Faut-il dire que :
"C'est en cherchant l'impossible Que l'homme a toujours réalisé et reconnu le possible, Et ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur Paraissait le possible, n'ont jamais avancé d'un pas "
Rechercher l'impossible consiste en fait à découvrir quelque chose qui apparaît comme irréalisable, mais ne l'est pas forcément. Cet "impossible" provient du monde extérieur donc de circonstances extérieures. L'homme cherche à connaître : c'est tout d'abord la curiosité qui incite à chercher, le simple désir de s'instruire n'étant pas suffisant. Mais ne se cache-t-il pas une prise de conscience de la supériorité qu'il adviendra si cet impossible devient réalisable. Il lui sera alors facile de dominer ceux qui n'auront pas encore évolué. La recherche de l'impossible pourrait donc avoir l'image de la supériorité. Selon Rousseau dans son "discours sur l'origine de l'inégalité" ceci serait fait le plus légitimement possible. Faut-il donc penser qu'en cherchant à "savoir plus" l'homme a creusé un fossé avec un autre homme ? Ceci serait logique. Ceux qui ne cherchent que le possible, deviennent alors inférieurs aux premiers "chercheurs de l'impossible" puisqu'ils n'ont jamais avancé d'un pas. Ce fossé si facilement creusé, n'est pas simple à remplir à nouveau. On arrive à penser que si l'on ne cherche pas l'impossible on devient obligatoirement des dominés...
Mais avant tout l'individu cherche à assouvir un désir, une passion. Il va faire "l'impossible" pour la réaliser et au fur et à mesure, il évoluera car il sera obligé d'avoir recours à des besoins. Il finira par aboutir à la réalisation de l'impossible qui deviendra alors le possible. Tout au cours de cette recherche l'homme aura évolué, son esprit aura progressé. Il pourra ainsi à nouveau chercher à réaliser un nouvel "impossible".
"C'est en cherchant l'impossible que l'homme a toujours réalisé et reconnu le possible..."
Ici se trouve la formule de l'évolution de l'homme et de l'humanité. Rousseau définit l'évolution d'après quatre étapes. Les circonstances extérieures amènent à l'homme des passions, elles mêmes assouvies par des besoins et ces derniers réalisés, on assiste au progrès de l'esprit. A cette thèse s'ajoute donc : d'une part que la recherche de l'impossible provient de circonstances externes et d'autre part que le progrès de l'esprit entraine la réalisation du possible. Cela équivaut à dire que " ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait le possible, n'ont jamais avancé d'un pas." La limitation au possible entrainerait donc une stagnation de l'intelligence c'est à dire l'action de se projeter dans le futur, donc de l'esprit et forcément de l'évolution.
L'évolution de l'homme se ferait donc par la recherche de l'impossible. Pourtant se limiter au possible ne stoppe pas obligatoirement cette évolution. Celle-ci se fait peut être moins rapidement mais plus surement. Chercher l'impossible entrainant des besoins souvent considérables, implique d'abord à chercher le possible. L'homme est donc contraint de passer par le stade du possible. Les besoins qu'il va rencontrer au cours de son évolution vers la réalisation du possible, seront des besoins possibles donc réalisables puisqu'ils seront aidés des besoins antécédents et réalisés. Ce seront donc des besoins possibles mais auxquels l'homme ne se limitera pas. Là est la différence. Pourtant, même si l'on se contente d'un "besoin possible", si l'on stoppe cette "recherche vers l'impossible", on aura tout de même évolué, par conséquent "un pas", minime peut être, aura été fait.
C'est ainsi qu'il finira par se civiliser, puis se mécaniser et s'industrialiser. Les sociétés prendraient donc leur point de départ dans le seul désir de l'homme de chercher l'impossible. L'individu et sa curiosité seraient donc la base de toute civilisation. De plus, on peut supposer qu'un possible en entraine un autre. Donc, à force de possibles on atteindra l'impossible...
Cette recherche de l'impossible n'est elle pas néfaste à l'animal qu'est l'Homme. Toujours vouloir en savoir plus, peut être est ce le risque de l'autodestruction de la race humaine. A force de chercher l'impossible, l'homme ne se suffit plus. Comme l'a dit Voltaire "le superflu devient nécessaire". Notre stade de connaissances n'est plus suffisant, nous allons encore chercher l'impossible et au fil du temps, nous le trouverons.
Anne-Marie Rajon (épouse LE ROUEIL)
Juin 1979